Commode Régence de forme architecturée en placage d’amarante « épis de blé »

 

Rare et importante commode de forme architecturée en placage d’amarante « épis de blé »

 

 

 

Paris, fin du règne de Louis XIV, vers 1715.

 

 Dimensions : Hauteur : 93 cm ; Largeur : 162,5 cm ; Profondeur : 69,5 cm.

 

 

 

 

Présentant une caisse entièrement revêtue en placage de superbes feuilles d’amarante « épis de blé » disposées de fil ou de travers, la commode que nous proposons est un rare témoignage du luxe exceptionnel de la grande ébénisterie parisienne de la fin du règne de Louis XIV, qui, par la sobriété et l’élégance des jeux de bois de placage, annonce ce que seront les grandes réalisations royales et princières des époques Régence et Louis XV. Sa composition rectangulaire, déclinant la forme de certains cabinets monumentaux du siècle précédent, est d’un néoclassicisme « sévère ». Elle ouvre par quatre larges tiroirs en façade disposés sur quatre rangs ; le traitement arrondi des montants et des pieds avants anime avec élégance le meuble. L’ensemble est très richement agrémenté d’une ornementation de bronze finement ciselé et doré tels que : encadrements des tiroirs et des faces latérales en baguettes à frises de feuillages stylisés ; poignées mobiles curvilignes rattachées à des consoles terminées en culots d’acanthe desquelles s’échappent des cornes d’abondance remplies de bouquets fleuris et feuillagés, à décor de joncs à cannelures torses, têtes d’animaux fantastiques, cartouches soulignés de lambrequins et centrés de masques d’hommes barbus sur des fonds quadrillés ; entrées de serrures à masques de Bacchus souriant, coiffés de pampres de vigne et soulignés de doubles crosses d’acanthe terminées en volutes se détachant sur des fonds amatis et surmontant des culots feuillagés à graines ; angles à chutes prenant la forme de masques de satyres, dont les barbes s’entortillent, coiffés de bouquets feuillagés animés de doubles crosses à volutes centrées de rosaces ; enfin, le tablier et les sabots « rocailles » sont ajourés ou repercés d’oves et s’ornent de rinceaux à palmes, coquille, crosses, bouquets feuillagés et grenade stylisée. Elle supporte son épais plateau mouluré en marbre rouge griotte d’Italie. 

 


Parfait aboutissement des recherches esthétiques des artisans en meubles parisiens de la fin du règne de Louis XIV, cette commode se distingue notamment par ses proportions hors-du-commun, qui n’altèrent pas l’équilibre de sa composition, ainsi que par son décor de bronze, qui associe harmonieusement certains motifs rocailles et louis-quatorziens et annonce ce que seront plusieurs décennies plus tard les grandes réalisations d’ébénisterie du règne de Louis XV. Si sa forme et certains éléments de son décor de bronze se retrouvent sur quelques rares autres commodes connues attribuées sans équivoque ou estampillées par Nicolas Sageot (1666-vers 1725), l’un des plus importants ébénistes parisiens de l’époque, ou par Auburtin Gaudron, fournisseur du Garde-Meuble de la Couronne, sa principale originalité réside dans l’emploi de feuilles de bois exotique en placage, en l’occurrence de l’amarante « épis de blé », manifestation de l’adaptation précoce de son créateur au nouveau goût des grands amateurs de la capitale, lassés par plusieurs décennies dominées par les marqueteries florales ou de métal. Parmi les rares meubles répertoriés réalisés dans le même esprit, nous pouvons citer notamment un modèle, nettement moins élaboré et spectaculaire, qui est exposé au Musée Carnavalet à Paris (reproduit dans S. de Ricci, Louis XIV und Régence, Raumkunst und Mobiliar, Stuttgart, 1929, planche 184) ; enfin, relevons particulièrement qu’une commode à deux tiroirs, présentant des entrées de serrures similaires et des montants à chutes identiques, appartient aux collections du Musée du Louvre à Paris ; anciennement rattachée à l’œuvre d’André-Charles Boulle (1642-1732), célèbre ébéniste de Louis XIV, elle fut très certainement réalisée dans le même atelier, succédant de quelques années à l’exemplaire que nous présentons (illustrée dans D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et A. Lefébure, Le mobilier du Louvre, Tome 1, Editions Faton, Dijon, 1993, p.107, catalogue n°33).