Paire de bergères en bois doré

 

GEORGES JACOB (1739-1814)

 

 

PAIRE DE BERGERES "A LA REINE"



France


XVIIIe siècle, Epoque Louis XVI


 

Estampillées :  G.JACOB sur chaque bergère

Georges Jacob, Reçu maître menuisier en 1765


 

Garniture en velours vert à rayures

 


Dimensions :           

Hauteur : 103 cm

Largeur : 70 cm

Profondeur : 55 cm

 


Paire de bergères dites « à la Reine » d’époque Louis XVI, estampillée de Georges Jacob, en hêtre mouluré, sculpté et doré à décor de rangs de piastres, frises de perles et feuilles d’acanthe. Le siège repose sur quatre pieds fuselés et cannelés terminés par une bague moulurée et sont reliés aux consoles d’accotoirs par un dé de raccordement orné d’une rosace, lequel est surmonté d’une haute base à triglyphes à trois cannelures. Le dossier, en anse de panier sommé de panaches à ses angles, rejoint les accotoirs, garnis de manchettes, en formant une ligne légèrement incurvée s’achevant sur un motif de feuille d’acanthe en enroulement.

 

La sculpture joue un rôle de premier plan chez Georges Jacob dans la confection de ses sièges. Notre paire de bergères est caractéristique de ses œuvre : on y retrouve la qualité et la finesse de la sculpture, la rigueur de la composition et aussi le motif de frise de piastres, motif récurrent sur les sièges de Georges Jacob. Nos sièges sont aussi un parfait exemple du style Louis XVI par leur dossier droit « à la Reine », leur travail de sculpture et leur répertoire décoratif composé de cannelures, feuilles d’acanthe, frises de piastres et de perles qui ornent le dossier ainsi que toute la partie basse du siège.

 

Notre paire de bergères est un modèle unique. Nous n’en connaissons pas de similaire toutefois certains modèles conservés dans les plus grands musées français pourraient s’y rapprocher. Le musée du Louvre à Paris possède ainsi dans ses collections un lit à trois dossiers réalisé par le célèbre et très fécond ébéniste, Georges Jacob, vers 1775 (OA 6488) qui, par son décor, sa qualité de sculpture et sa ligne sobre se rapproche de notre paire de bergères. Citons enfin un fauteuil en bois sculpté peint en gris recouvert de tapisserie de Beauvais, estampillé de Georges Jacob, qui présente la même ligne, droite et structurée ainsi que les mêmes supports d’accotoirs décorés de feuille d’acanthe rehaussés par une base à cannelures que notre paire de bergères (Ernest Dumonthier, Les Sièges de Georges Jacob. Epoques Louis XV, Louis XVI et Révolutionnaire. Documents d’art. Mobilier National de France, Editions Albert Morancé, 1922, planche 24).


Un autre fauteuil également exécuté par Georges Jacob conservé au Palais de l’Elysée à Paris (ancienne demeure de Madame de Pompadour) est à rapprocher de notre paire de bergères par sa composition, sa ligne droite et classique ainsi que par son répertoire décoratif : frise de piastres, feuilles d’acanthe, cannelures et rosaces (Ernest Dumonthier, Les Sièges de Georges Jacob. Epoques Louis XV, Louis XVI et Révolutionnaire. Documents d’art. Mobilier National de France, Editions Albert Morancé, 1922, planche 23).


Le Musée Nissim de Camondo abrite aussi dans ses collections un mobilier de salon exécuté par Georges Jacob qui présente la même structure, la même ligne, sobre et droite ainsi que le même répertoire ornemental de frise de piastres, cannelures et rosaces et également les triglyphes à trois cannelures surmontant les dés de raccordement que notre paire de bergères (Sylvie Legrand-Rossi, Le Mobilier du Musée Nissim de Camondo, Editions Faton, Dijon, Les Arts décoratifs, 2012, p.191).

 

 


Georges Jacob (1739-1814) :

 

Georges Jacob est sans aucun doute l’un des plus grands menuisiers en sièges du XVIIIe siècle et celui dont la production est la plus importante. Reçu maître menuisier ébéniste en 1765, il réalisa des sièges depuis le règne de Louis XV jusqu’au Consulat. Son nom perdurera grâce à ses deux fils, Georges et François-Honoré, qui prendront la suite de son atelier en 1796. Formé chez le menuisier Louis Delanois (1731-1792), fournisseur de la comtesse du Barry, Georges Jacob y apprendra le goût pour l’esthétique néoclassique qui l’influencera tout au long de sa carrière. En effet, c’est dans le plus pur style Louis XVI dont il ne cessera de réinventer le répertoire décoratif que son art prendra toute sa mesure. Ses sièges se caractérisent par une grande qualité d’exécution, une importante diversité et une créativité incomparable dans leur forme. Il ouvre ainsi rapidement son atelier et recevra dès 1773 de nombreuses commandes de la part du Garde-Meuble de la Couronne pour lequel il travaillera jusqu’à la Révolution. Il n’en fut jamais le fournisseur attitré mais cela ne l’empêcha pas de participer à l’ameublement de Versailles, Trianon, Fontainebleau, Compiègne et Saint-Cloud. Il a ainsi la faveur de Marie-Antoinette, des frères du Roi, du comte de Provence qui le nomme en 1781 son « ébéniste ordinaire », du comte d’Artois et du prince de Condé.

Sa réputation traverse les frontières fournissant ainsi les princes allemands, le futur Georges IV d’Angleterre et Gustave III de Suède.

 

Georges Jacob produisit de nombreux sièges de style Louis XVI qui sont pour la plupart conservés dans les plus grands musées français : Musées du Louvre, Carnavalet, Jacquemart-André, Nissim de Camondo, les Arts décoratifs mais aussi dans les anciennes demeures royales telles les Châteaux de Versailles, Chantilly, Compiègne et Fontainebleau.

Les musées américains, anglais, allemands, hollandais et aussi portugais possèdent également une très belle collection de meubles de Georges Jacob tels : The Metropolitan Museum of Art (New York), The Paul-Getty Museum (Los Angeles), The Cleveland Museum of Art, The Wallace Collection (Londres), The Victoria and Albert Museum (Londres), The Residenzmuseum (Munich), The Rijksmuseum (Amsterdam) et le musée Calouste Gulbenkian  à Lisbonne.

 

 

 

Bibliographie :

 

Ernest DUMONTHIER, Les Sièges de Georges Jacob. Epoques Louis XV, Louis XVI et Révolutionnaire. Documents d’art. Mobilier National de France, Editions Albert Morancé, 1922, planches 23 et 24.

 

Bill G.B. PALLOT, Le Mobilier du Musée du Louvre. Tome II : Sièges et consoles (menuiserie) XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Faton, Dijon, 1993.

 

Pierre KJELLBERG, Le Mobilier français du XVIIIe siècle. Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Les Editions de l’amateur, Paris, 2002.

 

Sylvie LEGRAND-ROSSI, Le Mobilier du Musée Nissim de Camondo, Editions Faton, Les Arts décoratifs, Dijon, 2002, pages 189 à 191.