Paire de consoles néoclassiques

Paire de consoles néoclassiques



Travail romain du premier quart du XIXème siècle, vers 1820.



Dimensions : Hauteur : 98 cm ; Largeur : 132,5 cm ; Profondeur : 66 cm.



En bois finement sculpté et doré, elles présentent une ceinture rectiligne à ressaut central délicatement décorée d’une frise ceinte de rangées de feuilles d’eau stylisées traitées en relief « a candelieri » et rythmée de rosaces, de rinceaux et de motifs feuillagés. Son piétement antérieur se compose de deux majestueux jarrets zoomorphes ailés à têtes et pieds de lion, à décor d’une large feuille d’acanthe terminée en enroulement ; les supports postérieurs, flanquant un miroir oblong, sont traités en forme de pilastres antiques à cannelures. Le tout repose sur une base à décrochement en marbre noir dit « Paragon » encadrée d’un bandeau en bois doré rehaussé de fines cannelures. Chaque console est coiffée de son plateau de marbre brèche Gregoriana d’origine. La puissance et la masculinité de leur composition et de leur décor reflètent le renouveau des arts décoratifs européens initié en France au XVIIIème siècle.


En effet, dès le milieu du XVIIIème siècle, on assiste à une remise en cause des modèles décoratifs rocailles antérieurs par certains amateurs. Ce bouleversement radical sera à l’origine du goût néoclassique sous le règne de Louis XVI. Progressivement les éléments de décor et les objets antiques mis à jour au cours des fouilles des cités romaines, sont déclinés par les artistes et apparaissent ponctuellement dans leurs créations. Vers la fin du XVIIIème siècle, sous l’impulsion d’artistes tels que l’ornemaniste Dugourc et l’architecte Belanger, griffons, sphinges et lions, servent de prétexte au support de quelques plateaux de marbres précieux. La console à jarrets zoomorphes, motifs hérités des trépieds antiques, fait son apparition. Mais c’est véritablement à la période napoléonienne qu’elle connaîtra son heure de gloire, grâce à deux personnages patronnés par Bonaparte, les architectes Percier et Fontaine. Lorsque ces derniers publient leur Recueil de décorations intérieures, ils sont loin d’imaginer la portée qu’aura cet ouvrage à travers toute l’Europe, particulièrement en Italie, pays le plus réceptif à cette révolution stylistique.


Le menuisier romain en charge de la réalisation des deux consoles présentées a lui aussi succombé à cette formidable uniformisation de l’esthétique artistique européenne. Il s’est inspiré de certaines planches du Recueil tout en marquant son style, notamment dans le traitement remarquable du décor sculpté. C’est probablement ce même artiste, secondé par son atelier, qui a réalisé plusieurs consoles royales de composition similaire conservées au Palais du Quirinal à Rome. A l’origine, ces dernières faisaient partie d’un groupe de vingt-deux consoles d’apparat en bois doré reposant sur des griffons ou des lions ailés, dont six modèles de cette série sont illustrés dans A. Gonzalez-Palacios, Il Patrimonio artistico del Quirinale, I, Mobili italiani, p.204 à 210. Nos consoles, peut-être de même provenance, bien qu’elles ne portent aucune marque d’inventaire, ont de toute évidence figuré en bonne place dans l’un des salons d’un grand palais romain de l’époque.