Colonne Trajane et colonne Antonine


Wilhelm Hopfgarten (1779-1860) et Ludwig Jollage (1781-1837) (attribuées)

 


Paire de réductions en bronze patiné, ciselé et doré des colonnes Trajane et Antonine

 

 

Travail romain du premier quart du XIXe siècle, vers 1820.

 

 

Dimensions :

Hauteur :  81,5 cm

Diamètre de la base : 18,5 cm

 


Provenance : Henri Comte de Beaumont, Rome

 

 

Erigée sur le Forum à Rome en 113 de notre ère par l’empereur Marcus Ulpius Trajanus, la colonne Trajane glorifie le souverain en déroulant sur une frise continue sculptée en bas-relief et enroulée en spirale, le récit des victoires militaires de Rome contre la Dacie. Vouée entièrement à la renommée de Trajan, elle servira de mausolée honorifique après le décès de l’Empereur et renfermera ses cendres.

La colonne Antonine fut conçue quant à elle quelques décennies plus tard sur le même modèle. Commandée par le Sénat, elle commémore le triomphe des légions romaines de Marc-Aurèle sur les peuples germaniques et se dresse de nos jours au centre de la piazza Colonna à Rome. Admirées dès l’Antiquité comme deux des plus beaux monuments romains, elles deviendront au fil des siècles, à l’instar de l’Arc de Titus, les symboles de la victoire et de la gloire militaire.

 

Les deux colonnes présentées en sont d’élégantes réductions et des répliques exactes. Elles se caractérisent par une exceptionnelle finesse de ciselure et de sculpture, particulièrement dans le traitement des fûts historiés sur lesquels chaque détail est retranscrit fidèlement. Fait rarissime, elles sont sommées de leurs statuettes d’empereurs telles que l’on pouvait les contempler avant les anciennes restaurations qui leur substituèrent les représentations des apôtres Saint Pierre et Saint Paul. Datées du premier quart du XIXème siècle, elles reflètent le renouveau des arts décoratifs européens du temps et l’incroyable engouement suscité par l’Antiquité. En effet, dès le milieu du XVIIIème siècle, suite aux découvertes archéologiques des anciennes cités romaines de Pompéi et d’Herculanum, la plupart des pays d’Europe se tourne radicalement vers une nouvelle approche artistique inspirée plus ou moins directement de l’Antiquité : le Néoclassicisme. Amateurs éclairés et grands connaisseurs débutent alors des collections à tendance archéologique et s’entourent de meubles et d’objets d’art dans le goût de l’Antique.

 

Ce nouveau contexte artistique entraîna un effet de mode, initié au XVIIème siècle, le Grand Tour. Ce terme désigne le voyage initiatique, qui pouvait parfois durer une année, effectué par les personnes de la haute société européenne, essentiellement des Anglais et des Allemands, en France, en Suisse mais surtout en Italie afin de découvrir les richesses artistiques de ces pays, le but ultime étant de visiter Rome et ses antiques innombrables. Au début du XIXème siècle, ce cortège de touristes était composé essentiellement d’érudits et de grands amateurs en quête de savoir et à la recherche d’objets insolites ou de reproductions des monuments antiques les plus célèbres, qu’ils ramèneraient dans leur pays et intégreraient à leur cabinet d’antiquités.

 

C’est dans cette effervescence que furent fondues, ciselées, patinées et dorées ces deux pièces, de toute évidence destinées à un important commanditaire tel que l’on pouvait en trouver à cette époque en France avec le baron Van Hoorn ou en Prusse avec quelques princes germaniques. C’est de ce dernier pays dont étaient issus Wilhelm Hopfgarten (1779-1860) et Benjamin Ludwig Jollage (1781-1837), deux bronziers prussiens réputés à qui sont attribuées les deux colonnes proposées. Ils décidèrent d’implanter leur atelier dans la cité des papes et de se spécialiser dans les réductions ou les reproductions d’antiques. Rapidement, ils connurent un immense succès, travaillant notamment pour le roi de Prusse.

Par ailleurs, le célèbre orfèvre, bronzier et sculpteur, Luigi Valadier (1726-1785), réalisa une réduction de la colonne Trajane en marbre, granite, lapis-lazuli et bronze argenté et doré vers 1780 qui est conservée actuellement à la Schatzkammer de la Résidence de Munich.

 

Hopfgarten et Jollage exécutèrent des réductions des colonnes Trajane et Antonine dont trois paires nous sont connues:

- La première paire appartient aux célèbres collections de la Residenz de Munich et est illustrée dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Tome I, Munich, 1986, p.310. Elle diffère de notre paire par sa dorure complète et la perte des statues sommitales qui dénature la composition.

- La seconde, conservée à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, fut commandée par Giovanni Edoardo De Pecis (illustrée dans M. Rossi et A. Rovetta, La Pinacoteca Ambrosiana, Milan, 1997, p. 239). Elle est également entièrement dorée et a subit la disparition d’une des deux statuettes.

- La troisième paire connue, conservée à la Galerie d’Art Moderne du Palais Pitti à Florence, est très similaire à celle que nous présentons puisqu’elle est en bronze patiné et doré et possède les deux personnages au sommet des colonnes mais diffère par son socle en marbre blanc et brèche jaune. Par ailleurs, soulignons qu’une seule colonne Trajane en bronze ciselé et doré est aussi conservée au Palais Pitti depuis 1819.


Il apparaît ainsi que nos deux colonnes Trajane et Antonine semblent être les seules répertoriées à avoir conservé totalement leur ordonnance d’origine. Elles se démarquent des trois paires citées précédemment : d’une part, par la mise en dorure minutieuse de certaines de leurs parties afin de faire ressortir les reliefs ciselés, d’autre part par leur base circulaire permettant de les faire pivoter à volonté.

Elles proviennent de la collection du comte Henri de Beaumont (1923-2005) qui les conservait dans son appartement romain. Ce grand aristocrate partagea sa vie entre la France, les Etats-Unis et l’Italie, rencontrant Picasso, Braque et Cocteau.

De son oncle, Etienne de Beaumont, il avait hérité d’une importante collection de tableaux et de meubles ainsi que d’un goût averti pour les objets rares et insolites.