Exceptionnelle paire de torchères monumentales en bois sculté et doré

 

EXCEPTIONNELLE PAIRE DE TORCHERES MONUMENTALES EN BOIS D'AULNE FINEMENT SCULPTE ET DORE A L’OR MAT ET A L’OR BRUNI

 

ATTRIBUEE A FRANCOIS-HONORE-GEORGES JACOB, DIT JACOB-DESMALTER  MENUISIER-EBENISTE DU GARDE-MEUBLE DE L’EMPEREUR NAPOLEON

 

 

Paris, époque Empire, vers 1810.


Dimension : Hauteur : 260cm


Provenance : Collection particulière



Leurs fûts, en colonnes balustres, sont soulignés de bandeaux, à tiges feuillagées ponctuées de fleurettes et encadrées de frises à perles et olives, surmontés de doubles rangs de feuilles d’eau d’où émergent des tigettes de motifs de crosses à culots feuillagés. Les parties basses des fûts sont à larges feuilles d’acanthe surmontées de bouquets à doubles enroulements terminés en épis ou en fleurettes. Les parties hautes, à bagues en joncs moulurés surmontant des courses de feuilles de pampres, forment des bouquets à feuilles d’eau, ou de refend, et supportent les chapiteaux en coupes à panses godronnées agrémentées de frises à oves. L’ensemble repose sur des culots renversés, à feuilles de refend se terminant en volutes et encadrant des réserves à masques d’hommes barbus « à l’antique » et rubans, supportés par des piétements tripodes en jarrets léonins et faces à palmettes dans un environnement de crosses affrontées ou enroulements. Enfin, de hautes plinthes triangulaires, à angles coupés et côtés rentrants, supportent l’ensemble de la composition.


De proportions hors-du-commun, cette paire de torchères, ou portes-torchères, présente un dessin, masculin et indiscutablement influencé par les modèles antiques romains découverts lors des fouilles de Pompéi et d’Herculanum, qui puise plus ou moins directement son inspiration dans les recueils ou projets de certains grands ornemanistes, peintres et architectes parisiens des premières années du XIXe siècle ; notamment de la planche 75 du Recueil et parallèle des édifices de tout genre, anciens et modernes de Jean-Nicolas-Louis Durand édité à Paris vers 1800 (parue dans A. Dion-Tenenbaum, « Les recueils d’ornements », dans le catalogue de l’exposition L’Aigle et le Papillon, Symboles des pouvoirs sous Napoléon 1800-1815, Paris, Musée des Arts décoratifs, p.63) ; ainsi que d’un dessin de Jacques-Louis David conservé dans une collection privée new-yorkaise qui est illustré dans A. Gonzales-Palacios, Il Gusto dei Principi, Arte di Corte del XVII e del XVIII secolo, Milan, 1993, p.37, fig.38 ; enfin, relevons que ce même principe de piétement tripode à motifs léonins se retrouve sur un porte-torchère dit « lampadaire » qui est reproduit sur une planche des « détails et ajustements tirés de l’atelier de peinture du C. (citoyen) I. (Isabey) » édité dans le célèbre Recueil de décorations intérieures des deux architectes Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine.


Datant tous des dernières années du XVIIIe ou des premières années du siècle suivant, ces projets auront un rôle déterminant dans le renouveau des arts décoratifs voulu par l’Empereur ; leur écho ira bien au-delà des frontières françaises et gagnera la plupart des grands pays européens. Dans le domaine spécifique du grand décor sculpté appliqué au luminaire, un type bien particulier de porte-torchère fait son apparition qui rompt avec la gracilité des modèles du siècle précédent en privilégiant un dessin puissant et un répertoire décoratif néoclassique. Dû au coût important de réalisation et à leurs proportions peu communes, ces modèles étaient destinés quasi-exclusivement au décor des palais et des châteaux impériaux ou des salles d’apparat des grandes personnalités de l’époque, particulièrement les maréchaux d’Empire.


Parmi les rares exemplaires répertoriés de la même période et réalisés dans le même esprit, nous pouvons citer notamment : une première paire, d’un ensemble de quatre torchères, qui fut livrée en 1808 par Jacob-Desmalter et Cie pour la Salle du trône du Palais de Fontainebleau et appartient toujours de nos jours aux collections de ce château (voir J-P. Samoyault, Fontainebleau, Musée national du château, Catalogue des collections de mobilier 3, Meubles entrés sous le Premier Empire, RMN, Paris, 2004, p.330, catalogue n°264) ; une deuxième, toujours par Jacob-Desmalter, fut apportée au château de Compiègne en 1810 pour compléter le décor du 3ème Salon des appartement de l’Impératrice (illustrée dans J-M. Moulin, Guide du Musée national du château de Compiègne, RMN, Paris, 1992, p.73) ; une troisième, provenant d’une livraison de Jacob-Desmalter pour le Palais des Tuileries en 1808, appartient aux collections du Musée national du château de Versailles (parue dans P. Arizzoli-Clémentel et J-P. Samoyault, Le mobilier de Versailles, Chefs-d’œuvre du XIXe siècle, Editions Faton, Dijon, 2009, p.163, catalogue n°47) ; enfin, mentionnons une dernière paire de torchères, d’une suite de trois, livrée en 1810 par Jacob-Desmalter pour la Salle du trône du Palais des Tuileries et qui est conservée au Mobilier national à Paris (reproduite dans J-P. Samoyault, Mobilier français Consulat et Empire, Paris, 2009, p.245, fig.425). Il apparaît que le dénominateur commun à l’ensemble de ces luminaires est Jacob-Desmalter ; les nombreuses proximités techniques et stylistiques qu’elles présentent avec les spectaculaires modèles que nous proposons nous permettent de les rattacher à l’œuvre de ce menuisier-ébéniste considéré comme le plus talentueux et le plus novateur de son temps.



A ce jour, leur provenance n’a pas pu être établie avec certitude. En effet, en l’absence de marque de château et de numéro d’inventaire, il semble qu’elles ne figurèrent pas les collections impériales sous Napoléon. De plus, les documents anciens, essentiellement les inventaires après décès, ne décrivent jamais, ou bien trop brièvement, ce type de pièces, souvent censées être rattachées au décor. Toutefois, relevons une description tirée d’un état des lieux dressé en mai 1817 de l’hôtel parisien du maréchal Davout en vue d’une location à Son Altesse Paul prince de Wurtemberg ; ainsi dans le Salon de musique figuraient : « Quatre grands candélabres en bois doré de 6 pieds 3 pouces de haut surmontés de boules en cuivre doré portant 12 lumières chaque…le tout très beau n’ayant jamais servi et sans aucune avaries ». Leur hauteur, approximativement 190 centimètres, ne correspond pas, bien évidemment, à celle des modèles que nous présentons, nettement plus monumentaux ; mais, cette mention est révélatrice du type de grandes personnalités susceptibles d’avoir pu commander des portes-torchères d’apparat d’une telle somptuosité de décor et d’une telle monumentalité.


François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob Desmalter (1770-1841) peut être considéré comme le plus important artisan en sièges parisien du premier quart du XIXe siècle. Fils cadet du célèbre menuisier Georges Jacob (1739-1814), il se marie en 1798 avec Adélaïde-Anne Lignereux, la fille du célèbre marchand Martin-Eloi Lignereux. Dans un premier temps, il se distingue par ses qualités de dessinateur, puis en 1796, il s’associe avec son frère aîné Georges II Jacob (1768-1803) et tous deux reprennent l’atelier paternel de la rue Meslée sous la raison sociale Jacob Frères. Après le décès de son frère, Jacob Desmalter devient partenaire de son père, revenu aux affaires, et change son estampille. Pendant près d’une décennie, ils vont être les fournisseurs privilégiés du Garde-Meuble impérial et des grands amateurs du temps. Toutefois, en 1813, les nombreux retards de paiements de l’administration impériale entraînent la faillite de la maison Jacob. En 1825, il vend son fonds de commerce à son fils contre une confortable rente viagère de 6000 francs par an. Libéré de la charge de l’atelier, il entreprend quelques voyages, notamment en Angleterre où George IV lui demande de participer au décor du château de Windsor. Il meurt à Paris, rue Cadet, le 15 août 1841.