Paire de médaillons en terre cuite


Andrea Brustolon (1662 - 1732)


Rare paire de médaillons ou tondi en terre cuite


Italie, Vénétie, Belluno, vers 1710-1720.


Diamètre : 27 cm


L’un des médaillons signé au revers des initiales A.B


Les cadres portent des inscriptions manuscrites à l’encre :

S. Andrea Apo ; And Brustolon f. ; A.Brustolon f.

 


Chaque médaillon représente un personnage masculin barbu et drapé vu à mi-corps et traité en haut relief. Le premier, les mains jointes en prière, est figuré de trois-quarts face ; sa tête, légèrement levée, est ceinte d’un bandeau noué autour du front ; à l’arrière une construction architecturée permet d’identifier le personnage : il s’agit de l’Apôtre Saint-Pierre, que Jésus nommait Kepha, « pierre » ou « rocher » en araméen (voir un groupe en bois sculpté de Brustolon figurant « La libération de Saint-Pierre » conservé au Worcester Art Museum et étudié dans J.D. Draper, Brustolonia, in Antologia di Belle Arti, 23-24, 1984, p.84-89). Le second n’est autre que son frère, l’Apôtre Saint-André, représenté de profil, en plein recueillement et lourdement appuyé sur la croix, instrument de son martyre, dont l’on ne distingue que la partie basse. Au caractère extatique de Saint-Pierre répond la solennité de Saint-André. Les compositions, peut-être inspirées par la peinture vénitienne du temps, mettent l’accent sur les figures des deux apôtres et sur leur monumentalité. A ce jour, la destination originelle de ces deux sculptures n’a pas pu être retrouvée. Toutefois, nous savons que Brustolon travaillait à cette époque à l’église Saint-Pierre de Belluno, lieu même où il fut enterré ; il est alors probable que ces deux tondi destinés dans un premier temps à servir de modèles pour le décor de cette église restèrent à l’état de modelli et demeurèrent dans l’atelier du sculpteur. Ils figurent ainsi comme deux des derniers chef-d’œuvres de ce sculpteur virtuose.

 

 

Andrea Brustolon fait la fierté de Belluno, sa ville natale perchée sur les montagnes au nord de Venise. Au milieu des années 1670, il parfait sa formation à Venise dans l’atelier de Filippo Parodi (1630-1702) puis à Rome à partir de 1677 où il s’imprègne du style du Bernin. Aussi à l’aise dans la réalisation de sujets profanes que religieux, son oeuvre est de nos jours essentiellement connue par ses créations datant de sa période vénitienne au cours de laquelle il réalisa des sièges, des cadres et des groupes en bois sculpté dont les compositions exubérantes sont révélatrices d’un baroque tardif et d’une exceptionnelle liberté stylistique. Toutefois, cette période vénitienne ne reflète qu’une partie de sa carrière qui culminera dans la dernière décennie du XVIIe siècle et dans le premier quart du siècle suivant lorsque Andrea Brustolon résidait à Belluno et travaillait sur d’importantes commandes privées ou destinées à l’Eglise. C’est de cette période, marquée par l’assagissement du sculpteur parvenu au sommet de son art, que date l’extraordinaire paire de médaillons en terre cuite présentée ici qui peut être comparée stylistiquement à un bas-relief figurant « Saint-Jérôme chassé par un ange », anciennement dans la collection Agosti (catalogue de l’exposition, Andrea Brustolon 1662-1732 « Il Michelangelo del legno » écrit par A.-M. SPIAZZI, M. DE GRASSI et G. GALASSO, Skira, Belluno, Milano, 2009, p.258, fig.125).