Vase en Granit noir d'Egypte

Silvio Calci, dit Silvio Calice (attribué à)

 

VASE COUVERT OU NAVETTE EN GRANIT NOIR D'EGYPTE

 

 

Italie, Rome

 

Milieu du XVIIème siècle, vers 1640-1660

 

 

Dimensions : Hauteur : 25 cm ; Largeur : 58 cm ; Profondeur : 38 cm

 

 

Provenance : Collection particulière.

 

 

Certificat d’Annamaria Giusti, conservateur à la Galerie des Offices à Florence,

département des pierres dures.

 


 

« (Serpentin antique) N°13. Un vase, couvert, forme oblongue à panse unie, le culot à côtés en relief, avec pied et plinthe pris dans le bloc, sur socle de bronze doré, hauteur 15 pouces, diamètre 6 pouces 6 lignes. Ce vase, d’espèce nommée serpentin noir et tacheté de blanc, réunit au mérite de sa matière très extraordinaire une forme simple dans le genre étrusque qui lui donne un double avantage ».  Cette description élogieuse est tirée du catalogue de vente de la célèbre collection du duc d’Aumont dispersée à Paris en 1782.  L’accent est mis par l’expert de l’époque sur la forme et la matière du vase qui donna lieu à une rare bataille d’enchères. Le vase fut finalement adjugé 980 livres au roi Louis XVI. Cette mention illustre parfaitement l’exceptionnelle originalité d’une telle pièce liée à son dessin, plus ou moins abouti, et à son matériau, plus ou moins rare, deux caractéristiques qui distinguent le vase couvert de forme navette présenté.

 

Il offre un profil incurvé à l’extrême, souvenir de l’esprit baroque ; le tout est souligné d’une lèvre largement débordante et repose sur un piédouche et une base circulaire à moulures, travaillés dans le même bloc. Le sculpteur lui a associé un couvercle concourant à l’harmonie de l’œuvre, soulignant le mouvement et s’assouplissant élégamment jusqu’au sommet, couronné d’une prise en bouton. L’ensemble, d’une taille et d’un poli parfaits, a été réalisé par un atelier lapidaire romain du milieu du XVIIème siècle. Il a été taillé, sculpté et poli dans un très beau bloc de granit noir, provenant probablement d’une colonne de circonférence restreinte, dont l’artiste a cependant voulu exploiter toute la longueur, issue de vestiges antiques de l’époque impériale romaine. Il doit être considéré comme le plus bel exemplaire à ce jour répertorié de vase en navette, cumulant à sa forme exceptionnelle la rareté du matériau dans lequel il a été sculpté.

 

En effet, le matériau lapidaire utilisé pour la réalisation de ce vase est du granit noir d’Egypte, une diorite égyptienne appartenant à la classe minéralogique des « Granodiorite ». Il s’agit d’une pierre siliceuse de fond noir sur lequel se détachent des composants de couleurs blanches, rouges et rosées, dont la carrière se situait au Gebel Nagug près d’Assuan (cf. L. Lazzarini Pietre e marmi antichi, Padova 2004, p78, fig 5).

 

Dans la famille plutôt étendue et variée des granits d’Egypte, le rare granit noir se distingue pour être le seul dans lequel nous retrouvons des traces blanches, alternant avec d’autres couleurs plus ou moins intensément rosées comme celles présentes sur notre vase. 

Dans la civilisation antique d’Egypte, le granit noir fut utilisé pour la statuaire ainsi que les stèles et les sarcophages. Les Romains utiliseront ce matériau lapidaire davantage pour les vases, les plaques de parement, les colonnes et la statuaire mais également pour les œuvres d’ameublement comme des plans de tables incrustés, faisant évoluer leur création en fonction du goût des collectionneurs de l’époque.

Nul doute alors de l’importance du commanditaire de notre vase qui, à l’instar du duc d’Aumont dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, faisait partie du cercle restreint des grands amateurs du milieu du XVIIème siècle.

 

À titre d’exemple, l’un des plus riches ensembles de vases lapidaires appartenait aux collections de Louis XIV. Cela fut rendu possible grâce à un grand collectionneur de sculptures et d’objets d’art: le cardinal Jules de Mazarin (1602-1661). Ce dernier avait chargé l’abbé Elpidio Benedetti (vers 1610-1690) qui appartenait à l’élite francophile romaine, de lui dénicher les plus belles pièces dans la cité des papes.

 

 

 

 

Après la mort du cardinal, l’abbé deviendra l’agent de Louis XIV et de Jean-Baptiste Colbert, Surintendant des Bâtiments et Contrôleur des finances. L’importance du rôle de Benedetti dans la formation des grandes collections françaises de vases lapidaires est illustrée par les croquis que celui-ci avait coutume d’envoyer à ses commanditaires et qui figuraient les pièces disponibles à l’achat. L’un d’entre eux intitulé « Desseins de sept vases de porphyre de différentes formes de l’abbé Benedetti » figure une navette de composition relativement similaire à notre vase et qui semble correspondre à l’exemplaire conservé de nos jours au Musée national du château de Versailles (conservé à Paris, Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Estampes ; illustré dans P. Malgouyres, op.cit., p.138). Relevons toutefois que le dessin curviligne et allongé de notre vase n’a rien de commun avec celui de la navette conservée à Versailles, de composition beaucoup plus ramassée.

 

Par la simplicité ultra raffinée de sa forme, dépourvue d’ornements en relief dont sont souvent parés les vases baroques, notre vase rappelle les créations de Silvio Calci, ou Calice de Velletri, actif à Rome vers 1650. Silvio Calci livra plusieurs vases en 1646 à la collection Doria Pamphili, dont une navette en porphyre qui lui est attribuée (cfr. A.A.V.V. Antichità di Villa Doria Pamphili, Roma 1977, fig. 427). Notre vase en granit noir comme la navette en porphyre, bien que de forme différente, fonde son élégance sur la ligne fluide du modelé et sur la mise en valeur du couvercle par son fondu sensuel au corps du vase.

Fait exceptionnel, nous savons que l’abbé Benedetti privilégiait pour ses achats l’atelier de Silvio Calci.

Par la préciosité du matériau, la ligne si accomplie et la technique d’exécution, le vase en granit noir d’Egypte que nous présentons doit être reconnu comme un bel exemple du travail des ateliers lapidaires romains vers 1650.