Médaillon en émail peint


Médaillon ovale en émail peint représentant Louis XIV en pied en costume royal d'après un tableau de Hyacinthe Rigaud

 


Paris, époque Louis-Philippe, vers 1840

 


Dimensions :


Hauteur : 64 cm

Largeur : 51 cm

 

 


L’artiste émailleur s’est directement inspiré du célèbre tableau de Hyacinthe Rigaud (1659-1743) représentant le Roi Louis XIV, âgé de 63 ans, en pied en costume royal dont plusieurs versions sont connues notamment une au musée du Louvre et une autre au Musée national du château de Versailles. Considérant cependant le format en ovale, il a dû apporter d’infimes modifications à sa composition. Plusieurs techniques ont été nécessaires à sa réalisation : tout d’abord un fond de forme ovale en métal martelé et poli, figurant une perspective architecturée à pilastre, colonnes et niche, sur lequel l’artiste a disposé une large draperie en métal bruni rehaussée de délicates fleurs de lys et rinceaux feuillagés en couleur or participant à la mise en scène de la figure royale. Enfin, le Roi proprement dit, figuré en pied, est traité en émail polychrome probablement peint par la technique dite « de l’émail au pinceau » héritée des peintres d’horlogerie genevois du XVIIIème siècle. Cette exceptionnelle mixité des techniques, ainsi que la thématique monarchique, concourent à dater ce médaillon de la fin des années 1830 ou du début de la décennie suivante, période marquée par les prémices d’un nouvel engouement pour les émaux peints limousins et par le début de nouvelles expérimentations techniques.


A notre connaissance, aucun émail peint à l’effigie de Louis XIV en buste ou en pied, en costume d’apparat, est répertorié. Il s’agit donc ici d’une pièce unique.

 

Pendant plus de deux cents ans, l’Art des émaux peints, développé à Limoges aux XVème et XVIème siècles, avait quasiment disparu. Il faudra attendre la redécouverte des émaux anciens dès la fin du XVIIIème siècle, mais surtout la première moitié du siècle suivant pour voir apparaître de nouveaux centres artistiques particulièrement actifs. En effet, le renouveau des émaux peints en France débute par une meilleure connaissance de ce type d’objets d’art et dans un contexte artistique enclin à sa résurgence. Ainsi, lorsqu’en 1791 Alexandre Lenoir ouvre le Musée des Monuments français à Paris, il intègre aux collections quelques anciennes plaques limousines émaillées qui piquent immédiatement la curiosité de certains amateurs.


Mais c’est véritablement dans le contexte néo-médiéval du premier tiers du XIXe siècle, particulièrement populaire grâce à la littérature de l’époque notamment Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, que s’opère la prise de conscience de l’importance de cette esthétique.

Les émaux limousins anciens réapparaissent alors ponctuellement en ventes publiques dans la première moitié du XIXe siècle puis beaucoup plus largement dans la seconde moitié du siècle.

 

Vers 1830-1840, parallèlement à ce commerce d’émaux anciens, la demande des collectionneurs s’accroît considérablement et certains artistes se lancent alors dans la production d’objets émaillés faisant preuve d’une exceptionnelle maîtrise technique, portant cet art à un niveau bien supérieur à celui de leurs prédécesseurs limousins. Pour ce faire, les pionniers développèrent des techniques complexes qu’ils intégrèrent à leurs connaissances d’orfèvres. Ainsi, nous pouvons relever les premiers cas d’émail travaillé en technique d’orfèvrerie dans l’œuvre de François-Désiré Froment-Meurice (1802-1855) et de Charles Wagner (1799-1841), deux célèbres orfèvres de l’époque. L’œuvre de ce dernier est particulièrement intéressante puisque Wagner breveta dès la fin des années 1820 des inventions techniques liées au travail du métal et de l’émail. Nous en relevons particulièrement une, brevetée en 1837, destinée au travail d’un alliage de métal comme support de motifs et de figures émaillés de grandes dimensions.