Nature morte avec des volatiles et un chien endormi

Bartolomeo GUIDOBONO  (Savone, 1654 – Turin, 1709) 


 

Nature morte avec des ustensiles de cuisine, des volatiles, un chien endormi et des citrons


Fin du XVIIe siècle.



Huile sur toile.



Dimensions : 63 x 150 cm



Provenance : Naples, collection particulière.

 

 


Les frères Guidobono, Bartolomeo et Domenico (1668-1746), ont bénéficié récemment d’une étude monographique conduite par Mary Newcome Schleier avec, pour la nature morte, la contribution de Anna Orlando. Tous deux ont pratiqué la nature morte ou, de manière plus générique, la peinture de genre. Pour Anna Orlando, cette splendide composition présente tous les caractères stylistiques de Bartolomeo, le frère aîné. Du point de vue de l’élaboration, l’artiste fait montre d’un répertoire varié où les animaux – et en particulier un oiseau rarement dépeint comme la huppe – côtoient des ustensiles de cuisine agrémentés de citrons et de navets, le tout disposé, apparemment de manière casuelle, sur deux plans étirés en longueur. Ces juxtapositions inattendues sont servies par un pinceau où la matière, consistante et veloutée, accroche la lumière et adoucit les contours. Elle se prête aux jeux subtils sur les symétries chromatiques, des reflets dorés à l’or fin des plumes de l’un des oiseaux auquel répond, à l’opposé, le jaune paille des citrons.  Les objets, aux bords légèrement frémissants, semblent basculer hors du cadre : c’est là encore une des caractéristiques du vocabulaire pictural de Bartolomeo Guidobono que l’on retrouve dans la Nature morte avec un enfant, un chaudron, deux lapins et des fruits (Oneglia, collection Amoretti) tandis que le chien endormi trouve son pendant dans celui de la Diane et Endymion du Palazzo Reale de Gênes.

L’artiste renoue avec la tradition de la nature morte génoise des deux décennies précédentes, très influencée par le Flamand Jan Roos (1591-1638), et l’on songe à Anton Maria Vassallo (1617/1618-1660) ou à Giacomo Legi (ca. 1600-1640), tout en reprenant ici plus particulièrement les effets de matière d’un Grechetto (1609-1664) pour le pelage du chien, ou bien encore, Giovan Battista Cassana (ca. 1620-1690) pour le ton intime qu’il donne à la scène. Mais là s’arrête la dette de Bartolomeo qui propose une solution toute nouvelle, en un mot « moderne » comme l’a pertinemment définie Anna Orlando par la volonté affirmée d’un descriptif linéaire qui trahit sans doute sa fonction de dessus de porte. La mention la plus ancienne de l’activité de Bartolomeo comme peintre de natures mortes est celle de l’inventaire après décès des frères Giovanni Tomaso et Filippo Donghi (5 mars 1711), dans lequel sont mentionnées plusieurs natures mortes du « Prete di Savona », dans un format en longueur qui évoque le nôtre. Le quatrième tableau, « Altro con un cane d’altezza palmi 4, larghezza 7, del detto, con cornice come sopra », évoque par la thématique notre composition, mais dans tous les cas, cet inventaire vient souligner l’ampleur de l’activité de Bartolomeo Guidobono dans ce domaine. Cette activité est bien attestée par le biographe Ratti qui rappelle que Bartolomeo était extrêmement habile dans ce genre, et tout particulièrement pour peindre les animaux : « e specialmente gli animali ci sono espressi cosi al naturale nelle penne, ne pelami, e nelle movenze, che sembrano veri », écrit-il à propos de la Galerie du palais Centurione. En regardant le chien recroquevillé dans le sommeil des justes, devant son trophée de chasse, on ne peut que constater la justesse de ce propos.